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Mars 2001-n°143

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Musique et internet
Vers une nouvelle distribution
Lorsque plus d'un milliard de fichiers musicaux au format Mp3 sont téléchargés en un mois, c'est le signe qu'un nouvel accès à la musique est né. Auteurs, éditeurs, distributeurs et industriels entendent le rationnaliser.
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Le format Mp3 a cessé d’être anecdotique. Selon Ipsos, 47% des internautes de 12 à 24 ans ont téléchargé des morceaux de musique à ce format sur Mp3 et plus d’un milliard de fichiers sont échangés chaque mois. Par-delà la culture libertaire de la gratuité qui est celle d’internet et par-delà la violence des polémiques concernant les redevances sur les supports, il est effectif qu’une distribution « sauvage » de la musique s’est mise en place, une distribution qui ne peut se faire qu’au détriment des intérêts des professionnels de la musique mais aussi de ceux des médias traditionnels. Les deux principaux distributeurs de fichiers Mp3 veulent entrer dans le rang, poussés par de retentissants procès. Pour autant, institutions, auteurs, éditeurs de disques, éditeurs de logiciels, industriels de l’informatique ont ouvert le chantier de la distribution numérique. Ils commencent à dégager des solutions, mais, dans tous les cas de figures, celles-ci devront respecter les nouvelles pratiques de consumérisme adoptées par les internautes...
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Selon une étude internationale menée dans 16 pays par Ipsos-Reid, en novembre 2000, auprès des 12-24 ans ayant utilisé internet au cours des trente derniers jours, le téléchargement de fichiers musicaux au format Mp3 n’est plus un phénomène marginal. Près de 47% des jeunes internautes ont déjà téléchargé de la musique. Sur ce nombre, les jeunes Canadiens apparaissent comme les plus grands utilisateurs puisque les deux tiers d’entre eux en ont récupéré sur internet. Juste derrière arrivent les Suédois (64%), les Taïwanais (59%) puis les Américains et les Italiens (54%). Le phénomène est moins développé en France (pour autant 38% des internautes de 12 à 24 ans ont enregistré des fichiers musicaux), au Royaume-Uni (28%), en Espagne (21%) et au Japon (16%).
Globalement, les garçons téléchargent davantage de musique que les filles (55% des garçons de 12 à 17 ans contre 41% pour les filles de la même tranche d’âge). 90% des jeunes internautes qui ont essayé, ont l’intention de recommencer. Pour Matt Kleinschmitt, directeur d’études d’Ipsos, «les jeunes, qui disposent de beaucoup de temps et peu d’argent, se sont très rapidement habitués à écouter et télécharger de la musique grâce à internet. La vraie question, essentielle pour appréhender le potentiel de développement de la vente de musique en ligne, est de savoir comment se comporteront ces jeunes internautes quand, dans quelques années, ils disposeront d’un pouvoir d’achat plus important. Si l’on se base sur leurs intentions, et sur les progrès techniques à venir (accès haut débit, chargements plus rapides et fiables), tous les ingrédients sont réunis pour l’avènement d’une véritable révolution dans l’écoute et l’achat de musique».
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La distribution musicale à la portée de tous
Le Mp3 (Mpeg Audio Layer 3) est un format de compression du son fondé sur la suppression des données imperceptibles par l’oreille humaine. Cette compression permet à un fichier Mp3 d’être infiniment moins lourd qu’un fichier son numérique habituel et de pouvoir ainsi facilement être transmis ou échangé sur le net sans perte significative de qualité pour l’auditeur. Ce format est aujourd’hui un standard et sa dénomination est l’un des mots clés les plus utilisés sur les moteurs de recherche. Selon une étude de Nec Research Institute datée de l’automne 2000, sur les 200 millions de sites existants, 1,5%, soit près de 3 millions, utilisent ou font mention de ce format.
La Sacem considère qu’il existe deux principaux types d’exploitation des fichiers son compressés selon ce format. Le premier vise principalement à permettre la communication par téléchargement au public d’œuvres musicales absentes ou rares des circuits de distribution habituels de la musique. C’est l’exemple de la démarche suivie aux Etats-Unis par le site mp3.com (750 000 fichiers stockés) qui propose aux ayants-droit qui le souhaitent de bénéficier d’une sorte de vitrine sur le web. Selon la Sacem, dans cette optique, ce sont souvent les ayants-droit eux-mêmes qui sont désireux de proposer leurs œuvres en ligne afin de distribuer directement leurs œuvres. Ainsi, Peter Gabriel a estimé à l’occasion du Midemnet que la diffusion en ligne marque le retour à une position de force des musiciens face aux grands distributeurs de disques. « Nombre d’artistes souhaitent travailler directement avec leur public », a-t-il expliqué.
Le deuxième type d’exploitation, majoritaire, consiste à encoder des enregistrements préexistants, distribués de manière usuelle chez les détaillants traditionnels, et à les mettre à disposition du public ou à en relayer l’accès auprès de ce même public, via internet. La plupart du temps, les autorisations préalables nécessaires n’existant pas, ces exploitations relativement faciles à réaliser techniquement au travers d’une page web ou d’un échange FTP, relèvent d’un acte de contrefaçon. Face au succès du Mp3, les professionnels de la musique et de l’industrie phonographique se montrent inquiets. Ainsi, 25 millions de fichiers musicaux Mp3 ne payant pas de droits sont aujourd’hui disponibles sur le net, estime le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP). Plus de 500 millions de CD pirates (un enregistrement musical sur trois) sont gravés chaque année dans le monde (à partir de téléchargements mais aussi d’autres sources), coûtant près de 5 milliards de dollars aux professionnels, dont beaucoup ont récupéré leurs contenus sur internet.
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Du gratuit au payant
Pour autant, l’ensemble des professionnels de la musique considère que la distribution des œuvres musicales sur internet est inéluctable et devrait devenir rentable, donc qu’il est indispensable de trouver des solutions associant la souplesse du Mp3, la fin du piratage, le paiement des droits et un business model fiable. Mais aucun site ni aucun distributeur n’a pour l’instant réussi à faire un bénéfice, quelle que soit l’origine de ses recettes. Du mode d’échange par nature déficitaire de Napster (voir encadré) à la distribution directe des artistes par Mp3.com, à la publicité, aux sites par abonnements et à ceux des distributeurs, rien n’a semblé , à ce jour, offrir de solution.
L’année 2000 a vu les premières rationalisations économiques de ce secteur : fusions comme celles de Vivendi/Universal et AOL/Time Warner, faillites spectaculaires comme celles de Boxman et Musicmaker, prise de contrôle de Napster par Bertelsmann. Par ailleurs, ces majors se sont toutes engagées par un moyen ou par un autre à protéger les droits des auteurs, et, bien sûr, les leurs. Néanmoins et malgré cette rationalisation industrielle en cours, les business modèles demeurent encore très fragiles. Car la seule certitude semble, comme l’ont constaté les chefs d’entreprises réunis à Davos en janvier, que les produits et services des sites musicaux devront s’individualiser et être adaptés aux souhaits de chaque internaute selon son budget et ses besoins. « Une révolution est en cours qui donne davantage de contrôle au consommateur, a estimé Bill Gates, président de Microsoft. Napster qui va passer à l’abonnement payant cet été, est un bon exemple de cette révolution en marche. Vous créez la liste de musique que vous voulez, vous accédez aux photos, à la musique, aux vidéos, vous avez une certaine fluidité pour partager la musique avec vos amis .» Si les industries de la musique veulent se développer, elles devront se plier à cette révolution, pensait-on à Davos.
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Protéger les droits
Sur cette base, tous les professionnels sont unanimes : il est indispensable de mettre en place pour la musique en ligne des systèmes sécurisés et acceptés de tous et des modes de perception des droits permettant de rémunérer justement artistes, éditeurs et distributeurs. C’est seulement à cette condition que l’industrie de la musique (des auteurs aux distributeurs) pourra vivre, industrie internationale mais aussi et surtout industries locales. Pétitions, réunions, colloques se multiplient. Les systèmes logiciels de protection contre le piratage, notamment de marquage des fichiers prolifèrent. Les sociétés de gestion des droits spécialisées se multiplient. La mise en œuvre de taxes sur les supports enregistrables ou fixes apparaît dans de nombreux pays. En France, Catherine Tasca, ministre de la Culture et de la Communication, a élargi la taxe sur les supports enregistrables aux supports numériques et a expliqué que le gouvernement prenait « l’affaire au sérieux » et réfléchissait à un ensemble « d’outils juridiques de portée internationale ». Deux contraintes n’ont pas encore été levées :
- le fossé qui existe entre le droit d’auteur européen et le Copyright américain (or il est indispensable que les mesures soient aussi internationales que l’est internet) ;
- la politique à suivre pour faire accepter aux internautes un format sécurisé, plus lourd et contraignant que le Mp3, et surtout payant.
En matière d’audiovisuel, des solutions, nationales et internationales ont été dégagées. Il n’y a pas de raisons pour que cela ne soit pas possible dans le domaine de l’internet musical. C’est ce qu’ont compris des sociétés d’auteurs comme la Sacem qui travaille avec plusieurs autres sociétés d’auteurs étrangères à un système commun. Celui-ci doit tenir compte de ces deux aspects et conduira à des accords avec les éditeurs de sites de distribution musicale (voir Tribune p.13). Les quatre principaux organismes de l’industrie française du disque (RIAA, IFPI, Cisac et BIEM) se sont associés sur un projet visant à permettre une gestion des œuvres sur internet à travers un identifiant unique. Celui-ci rend possible le suivi des ventes sur internet, l’identification des licences d’exploitation et la traçabilité des œuvres, tout en intégrant les systèmes déjà existants comme le ISWC (Information System Work Code). Ce projet devrait arriver à terme en août prochain.
Enfin, Vivendi-Universal et Sony, ont annoncé la création de Duet, un site de distribution musicale payant et sécurisé, fort des deux plus importants catalogues mondiaux. Ils devraient être mis en ligne d’ici la fin 2001, voire d’ici l’été prochain.
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Les industriels aussi...
Les industriels se sont aussi mis au travail. Ainsi, IBM a présenté au Midem la technologie EMMS (Electronic Media Management System), une solution qui vise à empêcher le piratage de fichiers musicaux et vidéo sur internet et devrait être finalisée fin mars 2001. Il s’agit d’une solution de distribution électronique de fichiers audiovisuels sécurisée, et disposant de fonctions de protection de droits d’auteurs. Avec l’EMMS, les fichiers musicaux peuvent être échangés autant de fois que le souhaitent les consommateurs. Mais des restrictions y sont intégrées dès que l’on effectue une copie. Cette copie, téléchargée ou reçue par e-mail, ne pourra être écoutée qu’une seule fois, ou selon le souhait du producteur.
Par ailleurs, les principaux constructeurs d’ordinateurs, réunis dans un groupe de travail, baptisé T.13, installé au sein du National Committee for Information Technology Standards (NCITS), veulent proposer un nouveau système. Il s’agit d’inscrire, dans les supports de stockage vierges, des informations qui empêcheraient que tout fichier multimédia puisse être copié plus d’une fois. Lors d’une première copie, des informations sont incluses dans le fichier lui-même, liées à l’identification du support. Lorsqu’un utilisateur voudra recopier ce fichier sur un autre support, il pourra lire les informations rajoutées par le système et refusera la copie. Les dispositifs techniques retenus ont été étudiés d’abord pour les supports de stockage de type CD et DVD enregistrables mais rien n’empêche d’élargir aux disques durs ces caractéristiques techniques. Un délai de un à deux ans semble nécessaire avant que les lecteurs ou ordinateurs modifiés apparaissent sur le marché...
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