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Décembre 2000-n°140

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Sport
Le sport, genre télévisuel
Au fil du temps, le sport s’est imposé comme un loisir distractif, médiatique et social, important et incontournable. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, une profonde évolution de l’économie sportive s’est développée dans trois directions coordonnées : celle d’une activité en tant que telle, celle d’une confrontation-compétition entre individus et groupes et celle d’un spectacle vivant et audiovisuel qui a créé ses propres règles.
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La télévision a pris une place prépondérante dans ces deux dernières dimensions et c’est bien grâce à elle que le sport est peu à peu devenu un spectacle touchant l’ensemble des publics. Longtemps considérée comme le moyen simple de regarder un événement sportif, totalement indépendant du média, la télévision est aujourd’hui l’un des pôles de l’économie sportive. A tel point que le sport est devenu un genre télévisuel à part entière, doté de ses genres, de sa dramaturgie, de ses fenêtres de programmation, de ses chaînes, de son public et de son économie...
Aujourd’hui, le sport en tant que pratique et compétition est devenu un genre télévisuel à part entière. Fort d’une dramaturgie qui lui est propre, il remporte souvent les meilleures audiences.
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On a beaucoup dit et écrit sur les rapports du sport et de la télévision, sur ses rapports avec le spectacle. Il est un moyen de faire symboliquement la guerre (civile ou entre nations, notamment pour les sports collectifs). Il donne à voir de cruels duels (tennis, boxe...). Il constitue l’un des grands rituels de cohésion sociale de notre époque et peut devenir le support des pires chauvinismes. Il favorise la facilité plus que la pratique. Il induit le dopage... Sans doute, y a-t-il un peu de vrai dans toutes ces affirmations. Nul spectacle n’est neutre. Mais doit-on pour autant nier que le sport en tant que genre télévisuel est désormais une réalité, autant sociale que distractive et économique ? Depuis quelques années, le sport est devenu un spectacle à part entière et un genre télévisuel qui séduit potentiellement de larges publics. Ainsi est-on frappé par la place de plus en plus importante laissée à la mise en scène des grandes manifestations. Les cérémonies d’ouverture et de clôture se font toujours plus grandioses pour émerveiller spectateurs et téléspectateurs. Les retransmissions (tout particulièrement pour les sports d’équipe) ont cessé d’être de simples captations pour devenir l’objet de véritables dramaturgies, dont on présente l’avant et l’après, les acteurs, dont on détaille les enjeux, dont les structures narratives deviennent de plus en plus complexes. Là où il y a vingt ans, trois ou quatre caméras suffisaient à un réalisateur, il n’est plus rare qu’il en utilise aujourd’hui une vingtaine. Là où les effets d’images étaient portion congrue, ils sont désormais légion. Ainsi, il n’est plus toujours besoin de pratiquer un sport pour en apprécier le spectacle. L’arrivée d’un public féminin, quasi absent jusqu’alors, dans les audiences des compétitions sportives est là pour le montrer.
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Les sports médiatiques et les autres
Les bonnes relations du sport et de la télévision se sont développées principalement autour d’un nombre restreint de sports médiatiques qui attiraient davantage le public que des sports plus confidentiels. Ces sports, football, tennis, courses au large, rugby, basket, cyclisme, ont été mis en avant pour plusieurs raisons : leur nombre de pratiquants, leur facilité à être « scénarisés » et leur intensité dramatique, sans négliger la vigueur de leurs structures et leur capacité à dégager des financements. Pour eux, un marché télévisuel s’est développé, associant le niveau de popularité des diverses disciplines et les manifestations dont elles sont l’objet. Il obéit à une triple logique de promotion du sport et de ses valeurs, de spectacle télévisuel et économique.
Sur cette base, la structuration des relations entre sport et télévision se fait sur le modèle de ce qui existe pour de nombreux autres genres télévisuels. Mais seules quelques associations et fédérations sportives (football, tennis, sport automobile) peuvent tirer des revenus substantiels de la vente des droits qu’elles détiennent et commercialisent. Les manifestations et les compétitions sportives présentant un intérêt commercial pour les médias sont organisées par ces associations à certaines périodes (compétitions, tournois, coupes). Dans certains cas, les règles de déroulement des compétitions sont modifiées en fonction des contraintes des chaînes notamment pour ce qui concerne les écrans publicitaires. Elles jouent alors sur la concurrence entre les chaînes pour commercialiser ces droits. Les producteurs et les réalisateurs mettent en scène le spectacle qui se déroule devant eux. Les chaînes commercialisent l’audience qu’elles comptent obtenir. Les annonceurs et les parrains financent.
Ainsi, la bataille entre les chaînes pour obtenir les droits des événements a largement fait monter les recettes de ces derniers et fait naître la notion d’exclusivité. Ce qui en soi est un fait. Toutefois, afin que le droit d’information soit respecté et que le plus grand nombre ait accès aux images, la directive télévision sans frontières a voulu garantir le libre accès par la télévision aux grands événements sportifs. Surtout, de nombreuses discussions entre les organisations sportives, les chaînes détentrices des droits et celles ne souhaitant qu’informer, tendent peu à peu à créer un équilibre entre les différents acteurs.
Face au grand bruit qui entoure les sports médiatiques, il ne faut pas oublier que les chaînes de télévision présentent tout l’éventail des disciplines sportives de manière complète. En assurant une bonne publicité de ces dernières, elles contribuent par là à l’information et à la formation des opinions, à l’éducation du public. En effet, si l’importance donnée par le discours ambiant sur le secteur limité des sports médiatiques est compréhensible - étant donné le rôle que joue pour eux le marché de la télédiffusion-, il ne faut pas éclipser le monde du sport dans son ensemble, qui représente une sphère bien plus large en termes télévisuels.
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Ainsi, l’apparition d’émissions consacrées au golf a permis à ce sport de se développer en France en terme de pratique. A l’inverse, de nombreux autres sports, notamment le handball, dont la visibilité télévisuelle n’était pas importante mais la pratique assez large, ont pu gagner une forte notoriété. Dans tous les cas, la réussite de ces « petits » sports, sur le plan télévisuel, puis populaire, vient presque toujours de la bonne conjonction entre spectacle, réussite d’une équipe ou d’un mouvement et diffusion télévisuelle.
Enfin, il existe quelques sports spectaculaires en tant que tels, qui trouvent ou ont trouvé leur place à la télévision et leur public. La danse sportive et le skate-board, pour n’être que peu diffusés, sont l’objet de retransmissions qui associent public de praticiens et spectateurs, permettant à ces sports de trouver leur place ou de la maintenir. D’autres, comme le catch, dont l’aspect spectacle n’est plus à démontrer, ont toujours été présents sur le petit écran même si celle-ci est minime.
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Information et retransmission
Il n’est pas de chaîne généraliste qui ne consacre, peu ou prou, une partie de sa grille de programmation au sport. Sa présence est désormais généralisée et nul ne saurait oublier ce genre : équilibre des programmations et souci de s’attacher son public obligent.
Sur les chaînes généralistes, le sport occupe une place « spectaculaire ». Pour autant, il ne couvre en moyenne que 5 à 7% des grilles de programmes (pour une consommation souvent supérieure de 10 à 12%). En premier lieu, le sport apparaît dans les journaux télévisés et constitue une rubrique à part entière. Il fait donc souvent l’objet des grands titres, tout particulièrement le week-end. Ces chaînes lui consacrent par ailleurs des magazines généralistes et spécialisés (notamment pour le football et les sports mécaniques). Bien évidemment, c’est au cours du week-end qu’il trouve sa place la plus large : programmation des manifestations et période de loisirs obligent. Enfin, si ces chaînes n’accordent que peu de place aux retransmissions en général, elles ménagent dans leur grille de larges créneaux à l’occasion des grandes compétitions comme les championnats nationaux ou les Jeux Olympiques (ce sont aussi ces manifestations qui génèrent les droits financiers les plus importants). Ces chaînes utilisent le sport comme pôle fédérateur susceptible d’attirer et de séduire un très large public, cherchant par là un moyen de regrouper leur audience autour d’une image clairement lisible.
Les chaînes d’information générale accordent elles aussi un grand intérêt au sport. Comme pour les chaînes généralistes, le sport est une manière de regrouper les audiences les plus larges. Elles lui accordent souvent les titres d’ouverture de leurs journaux et produisent des magazines d’information spécialisée.
Les chaînes d’information sportive consacrent pour leur part, la totalité de leur grille au sport. Elles cherchent à diffuser l’information sportive la plus large et à couvrir le plus grand nombre de disciplines. Leur public est constitué de passionnés de sport s’intéressant à toutes les épreuves, quelles qu’elles soient. Elles ne diffusent aucune retransmission, mais suivent l’actualité de très près, mettant à jour leurs informations en permanence. Les autres chaînes sportives cherchent à diffuser une large gamme de compétitions. Dans la mesure où les droits des plus grandes manifestations sont souvent trop élevés pour elles, elles ont peu à peu joué un rôle de promotion des petits sports, de moindre audience et de moindre coût, mais tout aussi propices à la dramatisation télévisuelle. Par ailleurs, les sports, et tout particulièrement le football, constituent l’une des matières premières du pay per view, une matière première suffisamment forte pour générer de nombreux achats de programmes. Il est enfin des chaînes thématiques qui diffusent des magazines ou des compétitions sportives, choisis en fonction des centres d’intérêt de leurs publics. Telle d’entre elles, à dominante culturelle, proposera des magazines de golf car elle compte dans son public de nombreux pratiquants. Telle autre, destinée aux femmes, s’intéressera à la gymnastique. Telle autre enfin, proposera des programmes à dominante pédagogique. Dans tous les cas de figure, il s’agit de bien montrer que l’on prend en compte toutes les facettes d’un thème ou tous les centres d’intérêts d’un public spécifique.
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L’audience
Le sport « fait » de l’audience : ce n’est plus à démontrer. Mais il est intéressant de remarquer que, par-delà les publics spécifiques, les réactions de cette audience rejoignent celle du public en général. On aime les grandes manifestations, on préfère les stars et les équipes nationales, on accorde un plus grand intérêt à ce qui peut regrouper un public familial...
L’ensemble des instituts de mesure d’audience s’accorde : comme pour la fiction, on retrouve dans le sport télévisé un net phénomène de préférence nationale. Ce sont les événements et championnats nationaux qui remportent la préférence des publics, tout particulièrement lorsqu’ils sont l’objet d’un enjeu important pour les équipes et les champions nationaux. De la même manière, les sports spécifiques aux pays, et qui y sont pratiqués par le public amateur, remportent presque partout la préférence des publics (base-ball aux Etats-Unis et au Japon, cricket en Afrique du Sud...). Ainsi, selon Médiamétrie, en 1998, les Jeux du Commonwealth se sont imposés en Malaisie, en Nouvelle-Zélande et en Australie (7 des 10 meilleures audiences à Melbourne). Le football australien était numéro un à Melbourne, comme l’était le rugby en Nouvelle-Zélande. Le tennis explosait au Chili avec les performances de Rios. La Formule 1 regroupait 5 des 10 événements sportifs les plus regardés en Finlande, le titre de champion du monde de Hakkinen expliquant cet engouement massif. Enfin, le football américain restait numéro un aux Etats-Unis avec la finale du Superbowl qui a réuni 76 millions de téléspectateurs. Les années suivantes n’ont fait que confirmer ce résultat. Par-delà les spécificités nationales, les grands événements fédérateurs, comme les compétitions internationales de football, demeurent les seuls programmes qui séduisent de larges publics à un niveau mondial. Ainsi pour la Coupe du monde de football de 1998 (il est vrai que le football apparaît comme le sport le plus rassembleur), des records d’audience ont été atteints. Elle représentait près de la moitié des événements apparaissant dans les 52 tops 10 d’audience d’une étude internationale de Médiamétrie. Outre une augmentation quasi générale de la durée d’écoute individuelle, les niveaux d’audience ont globalement été élevés. L’Amérique latine a largement suivi les retransmissions malgré le décalage horaire. Les scores obtenus par les matches en Asie ont aussi confirmé l’intérêt croissant de ce continent pour le football. Les tops 10 des événements sportifs pour 1998 ne sont constitués que de matches de la Coupe du monde à Hong Kong et Singapour où la meilleure audience est celle du match Italie - France. Pour sa part, l’Euro 2000, fait remarquer Eurodata TV, « a véritablement boosté les audiences des chaînes qui en détenaient les droits de diffusion. Ce championnat démontre une fois de plus l’impact des grands événements sportifs sur les niveaux d’audience. La chaîne publique NED 2, qui avait les droits de l’événement pour les Pays-Bas, a ainsi plus que doublé sa part d’audience moyenne, de 14,5% en mai 2000 à 33,4 % en juin «. Il faut toutefois pondérer ce constat par le fait qu’en l’absence d’événement sportif majeur, les autres genres télévisuels reprennent tous leurs droits. Ainsi, en 1999, et quel que soit le pays, les autres grands genres télévisuels dépassent le sport ou, à tout le moins, font part égale avec lui. A tout spectacle il faut un enjeu fort.
Mais peut-être, mais surtout, si le sport est un genre télévisuel si fort et si riche, c’est parce que, toujours pareil à lui-même, il demeure imprévisible. Quel meilleur matériau audiovisuel peut apporter la fiction populaire ?
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