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Juillet 2002-n°158

© CanalSatellite

Etude
Télévision payante en Europe

Une analyse publiée en juin par l’Idate, intitulée « Les offres de télévision payante cherchent la voie de la rentabilité en Europe », montre que la poursuite du processus de concentration dans le secteur de la télévision payante par câble et par satellite semble « inévitable ».
 
 
Pour l’Idate, les annonces se succèdent, les opérateurs de câble européens affichent des résultats et des niveaux d’endettement plus que préoccupants alors que les bouquets satellites, toujours non rentables, cherchent des solutions de la dernière chance. En parallèle, les plus grands groupes médias mondiaux accusent des résultats alarmants. La poursuite du processus de concentration en Europe semble inévitable.

 
 
© TPS
Câble
« On avait cru que l’internet et l’ouverture à la concurrence des télécommunications permettraient un développement du câble. La lourdeur des investissements nécessaires pour y parvenir a plongé les opérateurs dans des situations financières très difficiles », explique Jacques Bajon, auteur de l’étude. Les exemples de la France et de la Grande-Bretagne illustrent « la tendance générale de la télévision par câble en Europe. La croissance des abonnés reste constante mais légère. De plus, la Grande-Bretagne ne possède que deux opérateurs qui n’arrivent pourtant pas à être bénéficiaires. Ceci tout en sachant que, de manière atypique, l’offre de téléphonie est très développée par ce type de réseau dans la zone. Toutefois, les offres d’accès à internet par câble se développent dans les deux marchés. Les lourds investissements consentis pour améliorer les réseaux et les coûts de rachats de concurrents (à prix forts) restent difficiles à amortir à court terme ».

 
 
Satellite
Pour Jacques Bajon, « excepté BSkyB au Royaume-Uni, la plupart des plateformes satellites européennes peinent à rencontrer la masse critique d’abonnés malgré de forts niveaux de croissance ces dernières années ». En Espagne,Via Digital et Canal Satelite Digital viennent d’annoncer un accord de fusion et en Italie, Telepiu a été vendue à News Corps par Vivendi Universal. Quant à l’Allemagne, Premiere World est dans une situation « dramatique » et dans les pays scandinaves, « le satellite est freiné par l’importance du câble ». Après avoir énuméré ces exemples, Jacques Bajon souligne que les « rapprochements soulèvent un certain nombre d’interrogations relativement au management et la gestion de la structure issue de la fusion ». Cela notamment en termes de positionnement et politique éditoriale où « la fusion oblige à arbitrer entre le maintien de deux offres de bouquets en parallèle ou le choix d’offrir finalement un bouquet unique ». Enfin, pour ce qui est de la diffusion, lorsque les bouquets amenés à fusionner n’utilisent pas le même système satellitaire, le choix d’offrir un unique bouquet implique « de rapatrier l’ensemble des services diffusés sur un seul et même système satellitaire, et ainsi proposer à une partie de ses abonnés un nouvel équipement de réception ainsi que la réorientation de leurs antennes paraboliques ».

 
 
Eléments d’analyse
Jacques Bajon apporte plusieurs éléments d’analyse permettant de mieux comprendre l’évolution du marché de la télévision payante par câble et satellite en Europe.
Il explique ainsi que « les coûts de programmation, et singulièrement du football, pèsent lourdement sur les budgets de ces entreprises. Le cinéma et le football restent les deux facteurs d’abonnement principaux à la télévision en Europe. L’inflation des droits sur le football a été favorisée par la concurrence acharnée à laquelle se livrent les bouquets de télévision afin d’acquérir des abonnés nécessaires à l’obtention d’une masse critique, seule voie vers la rentabilité. Le marché italien reste l’exemple le plus révélateur de cette situation ».
Ensuite il estime que la « concurrence vive sur les marchés européens de la télévision payante est sans aucun doute une des raisons de l’insuccès des offres alternatives proposées sur le réseau numérique hertzien. (…) Avec en général deux offres de télévision payante diffusées par satellite et au minimum deux offres diffusées sur le câble, les principaux marchés européens de la télévision payante restent très concurrentiels. Ce fort niveau concurrentiel doit de plus être mis en relation avec l’inflation du prix des contenus les plus attractifs ».
Enfin, alors que les investissements des câblo-opérateurs ne peuvent s’amortir que sur le long terme, le marché concurrentiel de la télévision payante implique des résultats plus rapides.

 
 
Vers la concentration
C’est aux Etats-Unis que la phase de concentration a débuté. Elle se poursuit en Europe mais cette tendance ne va pas sans y soulever quelques questions que l’auteur pointe du doigt.
- « Si la Télévision numérique est portée par les plateformes payantes, rien n’assure la reprise automatique des programmes gratuitement dans leurs offres. C’est une des raisons qui a motivé le refus de la part du Cartel Office s’agissant du rachat des réseaux câblés en Allemagne par Liberty media. Des questionnements surgissent également en Grande-Bretagne avec les deux câblo-opérateurs qui sont en grandes difficultés et la fin annoncée d’ITV Digital. Le pouvoir de BSkyB se trouve renforcé ».
– « Si le processus de concentration des plate-formes de télévision payantes peut leur permettre de mieux négocier l’accès à des contenus premium (voir les dérives dans le domaine des droits sportifs), il provoque un vrai déséquilibre entre les grands groupes médias ainsi renforcés et les fournisseurs de contenus indépendants (producteurs de programmes mais aussi éditeurs de chaînes). L’accès au consommateur pour les éditeurs de services de télévision publics et thématiques indépendants peut être menacé dans le cas d’une intégration verticale trop forte du marché et notamment d’un niveau de concentration très élevé au niveau de la fonction d’opérateur de plateformes de services de télévision et/ou de contenus numériques. Ainsi, les règles de must carry et les discussions relatives à l’Access prennent tout leur sens ».
Pour autant, aucune raison ne laisse penser que le marché de la télévision payante puisse, à moyen terme, conjuguer croissance et rentabilité. Reste à savoir quels groupes auront survécu et combien ils seront à en profiter.

 
 
 
 
 

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