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Juillet 2001-n°147

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Musique et informatique
Au diapason
La musique et l’informatique, c’est une histoire d’interactions : d’un côté, les besoins des créateurs en outils spécifiques, de l’autre, les réponses développées par les chercheurs, qui elles-mêmes auront un impact sur les modalités de création. Exemples avec l’Ircam et le GRM en France.
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Avec le cédérom « La musique électroacoustique : faire, entendre et connaître », conçu par l’Ina-GRM, réalisé et édité par Hyptique.net, la recherche musicale rencontre le grand public et sort de ses labos. Plusieurs fois primée, dont dernièrement avec le grand prix Möbius France, cette œuvre électronique interactive est le résultat du travail fourni quotidiennement par des chercheurs et des musiciens. Avec ce cédérom, l’équipe du Groupe de Recherches Musicales de l’Ina donne un exemple réussi de la vulgarisation possible de ses recherches. Néanmoins, tout comme pour les équipes de l’Ircam, l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique, les premiers développements des recherches menées par ces créateurs sont destinés avant tout aux professionnels. L’Ircam et le GRM comptent parmi les principaux centres internationaux de recherche et de création musicales. A leur origine, deux grands musiciens contemporains...
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Le GRM : sciences et développements
C’est Pierre Schaeffer qui fonde en 1958 le GRM au sein de la RTF, Radiodiffusion Télévision Française. En 1975, le groupe est intégré à l’Institut National de l’Audiovisuel. Situé à Paris, dans la Maison de Radio France, le GRM fonctionne depuis ses débuts selon trois axes principaux, la recherche, la création et la production, et l’ensemble de ses activités est intimement lié à la radio. Le Groupe distingue aujourd’hui deux domaines : les sciences de la musique, important axe de recherche théorique qui existe depuis les débuts du Groupe et le domaine du développement logiciel. Les recherches s’accompagnent depuis de nombreuses années de multiples publications qui reflètent la diversité et l’importance des travaux menés. Depuis 1999, l’association avec le DEA de l’Université Paris IV a permis d’accroître le volume. Les sciences de la musique intègrent trois formes de recherches : la création à caractère expérimental, la recherche sur les outils, l’effort de redéfinition du musical à la lumière de cette expérience. C’est d’ailleurs ce troisième axe, amorcé par les travaux de Schaeffer sur l’Objet Sonore que l’on désigne plus spécifiquement par Sciences de la musique. En effet, différentes disciplines scientifiques interviennent dans l’analyse : psychologie, sémiologie, psychopédagogie, musicologie, acoustique. C’est ainsi que les publications (mais aussi les interventions médiatiques et les conférences) du GRM se répartissent en deux domaines :
- analyse et sémiologie (suite des travaux de Schaeffer avec analyse de la musique électroacoustique, analyse des conduites d’écoute, épistémologie de l’analyse musicale, transcription, réflexion sur la révolution technologique en musique) ;
- psychopédagogie de la musique (pionnier dans le développement et la théorisation d’une pédagogie de la musique fondée sur l’exploration concrète des sources sonores et l’invention, le GRM a notamment mis en place la pratique de l’éveil musical).
Une des suites logiques de la recherche conduit au développement. Le GRM a donc concrétisé ses travaux en mettant au point un outil d’algorithmes de traitement et de synthèses sonores, GRM Tools, aujourd’hui commercialisé et un outil de représentation de sons, l’acousmographe. GRM Tools comporte 8 traitements indépendants pouvant être appliqués à des sons enregistrés ou en direct et permettant des actions qui modifient la structure ou l’organisation des sons. Destiné à la création musicale électroacoustique pour façonner rapidement et efficacement des sons, il est également utilisé pour réaliser des effets spéciaux au cinéma et rencontre un certain succès auprès de plusieurs producteurs américains. Quant à l’acousmographe, il permet grâce à sa palette graphique et à différentes fonctions d’indexation et à terme d’une recherche automatique d’événements, d’obtenir :
- une représentation graphique de l’évolution du spectre du document sonore dans le temps ;
- l’annotation explicite ou symbolique des éléments entendus ;
- la recherche automatique de changements significatifs.
Le développement de cet outil, encore non commercialisé, se poursuit aujourd’hui en vue d’améliorer le logiciel et d’y intégrer de nouvelles fonctionnalités, mais également pour créer un corpus d’analyses d’œuvres et de documents qui permettront de mieux cerner la problématique de la description des sons.
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L’Ircam : l’interaction en action
Plus récent dans le temps, l’Ircam a été fondé en 1969 par Pierre Boulez. Cette institution musicale est associée au Centre Pompidou. Elle réunit en un même lieu différents acteurs de la recherche scientifique, des développements technologiques et de la création musicale contemporaine afin de susciter une interaction féconde : l’un des enjeux étant de contribuer au renouvellement de l’expression musicale. En retour, les solutions développées pour répondre aux problèmes spécifiques posés par la création contemporaine permettent des avancées scientifiques originales, théoriques, méthodologiques et appliquées qui dépassent le seul domaine musical. A l’Ircam, la soixantaine de collaborateurs, chercheurs et informaticiens du département Recherche et développement se répartit donc selon une organisation thématique : acoustique instrumentale, acoustique des salles, perception et cognition musicales, analyse-synthèse, représentations musicales, systèmes temps réel (en cours, le développement d’une solution purement logicielle et multiplate-formes, basée sur une interface graphique en java et un serveur de traitement écrit en langage C), studio en ligne (financé dans le cadre de l’appel à projets « Autoroutes de l’information », entièrement basé sur les standards de l’internet (Java, http, IIOP/Corba)). Par ailleurs, le service informatique gère le parc informatique d’environ 200 unités interconnectées et l’atelier mécanique conçoit et réalise des prototypes à la demande des différents départements. Interdisciplinaire, la recherche à l’Ircam s’inscrit dans le cadre de nombreuses collaborations avec des laboratoires français et étrangers, des organismes d’enseignement supérieur, des partenaires institutionnels et privés. Le pôle développement intervient quand l’interaction entre recherche et création musicale est à ce point fructueuse que le développement d’outils logiciels pour la composition, à partir de modèles et prototypes élaborés par les équipes de recherche thématiques, est décidé. Les modèles et prototypes sont donc adaptés et conçus de manière suffisamment ouverte et programmable pour convenir à des approches esthétiques très diverses. Le travail porte notamment sur la conception d’interfaces homme-machine adaptées, la mise en œuvre de protocoles de communication entre applications destinées à assurer une cohérence d’utilisation de l’ensemble des outils et l’intégration permanente de technologies issues d’une industrie informatique en très rapide évolution. Pour favoriser la diffusion de ses outils, l’Ircam a mis en place dès 1993, un forum, club des utilisateurs des logiciels de l’Ircam (1 000 en 1998). Il accorde des cessions de licences à des partenaires extérieurs, tel Opcode Systems qui commercialise aujourd’hui le logiciel Max, un environnement de programmation orienté objet pour la musique et le multimédia, diffusé à plus de 5 000 exemplaires dans le monde. Parmi les autres développements, citons aussi les outils de synthèse et de traitement sonore pour la composition (logiciels Additive, Audiosculpt, Chant, Diphone, Super Vocodeur de Phase...) qui trouvent de nombreuses applications dans les domaines du traitement de la voix, de la simulation de bruits de voitures, de la segmentation automatique des sons, etc., ainsi que les logiciels PatchWork etusic. Comme dans tout domaine de recherche, la transmission des résultats obtenus fait partie des missions des équipes de l’Ircam et de l’INA-GRM, qui s’y adonnent à travers notamment des concerts publics et des productions musicales.
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La recherche musicale à l’assaut du public
A propos du cédérom « La musique électroacoustique » François Delalande, du Groupe de Recherches Musicales, déclare : « Ce cédérom est le fruit de révolutions en série qui auront marqué le XXe siècle musical. La première est technologique : la musique électroacoustique, composée et réalisée avec des machines, et non plus des partitions et des instruments. La deuxième est sociale : faire la musique - pas seulement la jouer, mais la créer - à l’école ou à la maison. La troisième, à peine commencée, concerne l’entendre : non plus uniquement écouter, mais explorer une œuvre sous sa forme sonore, se l’approprier à l’aide d’outils interactifs et multimédia. »
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