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Antennes : histoire

Dernière mise à jour :
11/07/2001

 

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Mai 2001-n°145

© D.R

Etats-Unis
Cinéma : mouvements numériques
Malgré les alertes au piratage de Jack Valenti, président de la Motion Picture Association of America, le développement numérique du cinéma continue de se faire aux Etats-Unis comme le montre une étude de Forrester Research et l’association Technicolor-Qualcomm.
 
 

© D.R

Le mois de mars 2001 aura été propice aux annonces dans le domaine du cinéma numérique, notamment aux Etats-Unis lors du ShoWest à Las Vegas. Entamée dès 1975 avec la réalisation du premier « Star Wars » de Georges Lucas, l’introduction du numérique dans l’industrie cinématographique a, au fil des ans, gagné tous les maillons de la chaîne, sans pour autant s’y être totalement généralisée. Si la production l’a faite sienne (cf. Antennes n°133), la projection est encore à un stade expérimental, tout comme la distribution. La numérisation de cette dernière suscite espoir et inquiétude. Au cours d’une allocution prononcée lors du ShoWest, Jack Valenti, président de la Motion Picture Association of America, plutôt satisfait et rassurant en général, a cependant rappelé à l’industrie cinématographique qu’environ 270 000 films sont téléchargés chaque jour, illégalement, via internet. D’ici la fin de l’année, ce chiffre devrait atteindre le million, a-t-il prédit. Un piratage, un non-respect de la propriété intellectuelle qui inquiètent les professionnels, alors que 54,4 millions de foyers américains bénéficient d’une connexion à internet, que 4,8 millions sont équipés d’un accès haut débit et qu’ils devraient être 24 millions dans cinq ans. Jack Valenti a donc lancé un appel à la justice et au Congrès pour qu’ils agissent et fassent respecter le droit d’auteur. Dans les jours qui ont suivi, deux annonces laissaient entrevoir deux aspects numériques d’un avenir plus prometteur et moins alarmiste que celui évoqué par Valenti.
Il en résulte que le net semble ne pas constituer une réelle menace pour l’industrie cinématographique. Et si la numérisation dessine un avenir prometteur pour la profession (sans pour autant plaire aux aficionados – projectionnistes et spectateurs – de la pellicule), n’oublions pas, comme le soulignait Jack Valenti que « tant que les gens refuseront de rester confinés chez eux, jour après jour, nuit après nuit, tant que nous [l’industrie cinématographique] leur fournirons une expérience visuelle épique qu’ils ne peuvent reproduire chez eux, tant que chaque nouvelle génération de réalisateurs développera et magnifiera l’art de raconter des histoires par l’image et les mots, autant nous voyagerons sur la douce route qui mène vers le succès».

 
 

© Ginies/Sipa Press

Débouchés numériques pour le cinéma
Le 12 mars, Forrester Research présentait les principaux résultats de son étude sur le cinéma numérique et la vidéo à la demande sur le câble aux Etats-Unis, deux moyens qui devraient changer la distribution des films. Studios, salles de cinéma, câblo-opérateurs, fabricants contribueront tous au développement de modèles économiques qui tireront avantage de la technologie numérique et représenteront 6,5 milliards de dollars des revenus croissants de l’industrie cinématographique d’ici 2006. Pour Eric Sheirer, analyste chez Forrester, « l’internet ne sera jamais un important circuit de distribution des longs métrages ». En effet, le rapport souligne que les téléspectateurs préfèreront toujours le confort d’un écran de télé ou d’une salle de cinéma pour regarder un film. En revanche, le cinéma numérique et la vidéo à la demande sur le câble enregistreront eux un fort et rapide développement.
Aux Etats-Unis, entre 2003 et 2004, pour les studios, le passage au numérique fera perdre de l’argent jusqu’à ce que les justes prix de vente des vidéos à la demande soient trouvés. La tendance qui veut que 65 % des revenus des studios aujourd’hui passent par la vidéo domestique s’inversera, la vidéo à la demande érodant ce marché qui ne pèsera plus que 40 % des revenus en 2006.
La transition vers le cinéma numérique en salle n’en est qu’à ses débuts, mais elle devrait prendre son envol en 2004 vers la viabilité commerciale. Actuellement, les développements du cinéma numérique sont quelque peu freinés par les soucis financiers des exploitants de salles, ainsi que les craintes des studios en termes de protection des droits d’auteurs. Forrester pense que les fabricants casseront ce phénomène en investissant massivement pour supporter le déploiement d’infrastructures numériques. Le rapport prévoit que, d’ici 2006, un tiers des grands écrans aux Etats-Unis seront numériques. Il rappelle également que la numérisation de la chaîne cinématographique fournira d’autres opportunités de revenus au circuit d’exploitation des salles, en termes de merchandising, de publicité sur grand écran et de projection de spectacles, sportifs, musicaux, etc.

 
 

© Florence Durand/Sipa Press

Des perspectives très proches de la réalité puisque le 7 mars, lors du ShoWest, Technicolor Digital Cinema, joint-venture créée en juin 2000 par Technicolor (rachetée par Thomson Multimédia - cf. encadré) et Qualcomm annonçaient un plan d’actions pour lancer l’industrie cinématographique dans une nouvelle direction numérique. Ce plan facilitera la transition des salles de cinéma vers le numérique, en agissant sur la distribution et sur la projection. L’entreprise a aujourd’hui tous les éléments prêts pour assurer la distribution numérique des films auprès des salles dans le monde entier. La technologie sur laquelle ce système s’appuie sera rendue disponible auprès des fabricants afin qu’ils développent et produisent des équipements et systèmes inter-opérables. Le système assure une distribution des contenus qui respecte délais et sécurité et fournit aux exploitants une interface utilisateur et des outils qui leur permettent de planifier la projection des contenus sur leurs écrans. Technicolor Digital Cinéma accompagne cette annonce d’une action forte en proposant de fournir, installer et assurer la maintenance des 1 000 premiers ensembles de cinéma numérique auprès d’une sélection de salles à travers les Etats-Unis. L’entreprise souhaite ainsi démontrer la supériorité du cinéma numérique et contrecarrer un départ difficile dû au prix élevé des projecteurs numériques. Le cinéma numérique apporte sur l’écran une image stable, supérieure, non dégradée. Quel que soit le nombre de fois où le film aura été projeté, pour chaque spectateur, la qualité sera celle d’une première fois. Passer au numérique, c’est pour l’industrie du cinéma la promesse d’une économie sauvée, de davantage de flexibilité, d’une fiabilité et d’un niveau sans précédent de la sécurité contre le piratage et le vol. Cela rendra possible la distribution de programmes alternatifs aux salles, les aidant à se transformer en centres de divertissements et à générer de nouveaux revenus, en diffusant également, en alternance avec les films, des concerts, des événements sportifs, etc. Ces programmes attireront de nouveaux publics et ouvriront la voie à de nouvelles recettes publicitaires ciblées. Signalons que 31 salles à travers le monde ont déjà été équipées pour la projection numérique, en partie grâce à Technicolor (Etats-Unis, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, France, Mexique).
 
 

© D.R

Thomson Multimédia acquiert Technicolor
Les assemblées générales extraordinaires de Carlton Communications Plc et de Thomson Multimédia ont approuvé, le 12 mars dernier, la vente de Technicolor. Carlton transfère 100 % des actions de Technicolor à Thomson Multimédia et prend 5,5 % du capital de l’industriel français. Technicolor, leader mondial dans les services aux médias et aux fournisseurs de contenus (traitement et distribution de films inclus), est également le plus grand fabricant et distributeur de DVD, distributeur de cassettes vidéo et l’un des principaux acteurs dans le développement du cinéma numérique. Leader dans les services de laboratoire numérique, Technicolor développe des services de gestion des droits d’auteur en coopération étroite avec ses clients. Avec cette acquisition, Thomson renforce sa division DMS (Digital Media Solutions) pour Média Numériques. L’industriel français entend ainsi jouer un rôle clé comme catalyseur de la transformation de l’industrie de loisirs et de l’électronique grand public, en permettant à un nombre croissant de clients de rentrer dans l’ère numérique à leur propre rythme. Afin de capitaliser sur le leadership de Technicolor dans le cinéma numérique, Carlton et Thomson sont convenus de créer une société détenue à parts égales, par laquelle Carlton et Technicolor développeront conjointement leur activité liée de publicité au cinéma, aux Etats-Unis.

 
   
 
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