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Antennes : histoire

Dernière mise à jour :
7/05/2002

 

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Juin 2001-n°146

© DR

Anne Coutard, chargée d’une mission d’étude sur la radio numérique
Radio : la révolution tranquille

 
 
La radio est déjà numérique, mais ses auditeurs ne le savent pas. Pourtant, ils sont quatre millions à écouter la radio sur un bouquet satellite, sans doute parce qu’ils apprécient le service rendu : en l’occurrence, la desserte de zones encore mal couvertes en FM, malgré les progrès accomplis. Ce que la pénurie de fréquences interdisait, le satellite le permet. Mais l’abonné ne sait pas qu’il s’agit de radio numérique. En effet, jusqu’à présent, les radios diffusées par satellite n’ont guère tiré profit de cet écran et de la télécommande pour inciter cet auditeur-téléspectateur, amoureux de la radio à cliquer, à s’informer, à en savoir plus. Mais elles ne devraient plus tarder à le faire.
En effet, ces mêmes radios disposent dorénavant, sur leur site Internet, de toutes les donnés nécessaires : textes, sons, extraits, play-lists, bibliographies, instantanés... tous les ingrédients d’un guide des programmes vraiment intelligent, d’une offre de services vraiment interactifs ! D’ailleurs, les internautes l’ont compris : un million d’entre eux déjà visitent les sites internet des radios et deviennent des accros de la radio au bureau, cible très prisée des annonceurs. Ces auditeurs internautes, parfaitement à l’aise dans le monde numérique, n’ont probablement pas conscience eux non plus de la révolution tranquille en cours dans le monde de la radio.
Révolution en effet : outils de prise de son, de mixage, de montage, consoles de studios, cabines de programmes, stockage de sons..., le numérique s’est introduit partout et avec lui la dématérialisation des sons, leur compression, leur stockage sur des serveurs en réseau. Autant de mutations des matériels, des métiers, des processus de production et des organisations. Au prix d’un effort d’investissement et de formation considérable, les radios s’adaptent. Elles deviennent multimédia et multisupports. Autour du programme de radio, porteur d’une marque chère au public et titulaire de l’autorisation de diffuser (assortie, faut-il le rappeler, de quelques obligations), s’organisent en cercles plus ou moins concentriques des sites de débat ou d’expression directe (souvent plus libres qu’à l’antenne), des services de consultation ou d’information, des services pratiques qui pourront bientôt alimenter la nouvelle génération de mobiles (palm pilot ou téléphones)... La gamme des possibles n’est plus limitée par les moyens techniques mais plutôt par l’épreuve du marché.

 
 
Reste la numérisation de la diffusion, dont la conception, la norme et le lancement expérimental datent déjà de quelques années : autant dire un siècle, à l’aune des bouleversements introduits entre-temps par l’irruption d’internet. Il est probable que la norme actuelle, le DAB, devra évoluer pour s’adapter au monde mouvant des applications internet. Mais il est probable également que sa capacité reconnue à alimenter des récepteurs mobiles se révèlera très attractive pour l’économie de l’internet mobile. Après tout, bon nombre de services interactifs attendus gagneraient, en qualité et en prix, à être diffusés en « broadcast », quitte à proposer, via le téléphone, mille et une applications personnalisées : coupler le téléphone et le programme, la radio sait le faire depuis longtemps, mieux que tous les médias concurrents !
Avis aux impatients : qui se souvient aujourd’hui que le lancement du « RDS » a été fait par TDF simultanément avec celui de « l’opérator », l’ancêtre des tatoo et des messageries mobiles, en sous-porteuse des fréquences de Radio France ? Plus de dix ans plus tard, 30% des foyers possèdent au moins un appareil RDS. Il a fallu attendre que la baisse progressive de leur prix et la généralisation du service par les radios facilitent la pénétration, à un rythme proche du renouvellement naturel du parc des récepteurs, dans le public. L’affichage du nom de la radio, au lieu de la fréquence, et sa recherche automatique sont devenus indispensables, au point même que les petites radios doivent consentir cet investissement, qui permet au public de les repérer sur une bande FM encombrée.
Au fait : inutile de dire aux acheteurs de RDS qu’ils écoutent une radio (déjà un peu) numérique. Les gens heureux ne font pas l’histoire.

 
   
 
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